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Je dis que je suis écolo. Mais est-ce que je mens?

Opinion -

Au Canada, une personne sur trois (32 %) se dit fortement engagée à faire ce qui est en son pouvoir pour diminuer son empreinte écologique. C’est tout moi ça… ou peut-être pas?

Je dis que je suis écolo. Mais est-ce que je mens?
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Une personne sur trois, donc, est VRAIMENT prête à faire les efforts nécessaires pour adopter un mode de vie plus vert. C’est ce que révélait un sondage CROP réalisé au Canada en 2019. Cette proportion est en progression constante depuis 5 ans, alors qu’elle n’était que d’une personne sur quatre.

 

Se prétendre écolo, c’est beau

C’est encourageant. Mais c’est aussi tellement socialement acceptable de le dire! Un fou dans une poche celui qui admettrait ne rien vouloir faire face aux enjeux écologiques, alors que l’Australie s’embrase, que l’Amazonie se meurt et que la calotte glaciaire se liquéfie.   

 

« Suis-je réellement “fortement engagée”? », me serais-je demandé en enlevant une mousse sur mon col roulé acheté chez H&M (probablement commandé en ligne) fabriqué à l’autre bout de la planète, et certainement pas de façon écoresponsable. « C’est clair que oui! »

 

Si j’avais répondu à ce sondage, j’aurais certainement ajouté ma voix à celle du 32 % de la population affirmant multiplier les efforts pour adopter un style de vie écolo. Mais est-ce que ma réponse aurait été motivée par l’effet d’acceptabilité sociale? « Suis-je réellement “fortement engagée”? », me serais-je demandé en enlevant une mousse sur mon col roulé acheté chez H&M (probablement commandé en ligne) fabriqué à l’autre bout de la planète, et certainement pas de façon écoresponsable. « C’est clair que oui! » Mensonge blanc (ou serait-il vert?) envers moi-même.

 

Et j’aurais donc coché « fortement engagé » sans un seul regard pour les incohérences écologiques dans lesquelles je patauge. Ces incohérences écologiques, un concept récemment partagé par une connaissance sur les réseaux sociaux, font partie de mon quotidien. C’est ce que démontre le petit bilan que j’ai dressé, en toute humilité. 

 

 

Mon petit bilan incohérent

  • Je fais du compost, j’utilise des emballages de cire d’abeille, je donne environ 43 vies à mes sacs Ziploc, mes enfants ont porté des couches lavables 40 % du temps, personne chez moi ne grimace à la mention du mot « coupe menstruelle », mes thermostats ne dépassent jamais les 19 °C, je participe à la tarification dynamique d’Hydro-Québec (on diminue notre consommation lors des périodes de pointe), et je réutilise l’eau de mon déshumidificateur pour arroser mes plantes. En revanche, j’utilise des shampoings en bouteille, j’ai cru voir une boîte de pailles en plastique se mourir au fond de mon armoire, et je mets systématiquement mes bouteilles de vin vides dans le bac à recyclage même si elles ne sont pas recyclées et contaminent le reste. Et le pire c’est que ça me fait du bien (même si j’ai parfois l’impression d’avoir un problème d’alcool — il importe de mentionner que je partage ma vie avec un sommelier).

 

Emballages-en-coton-cire-reutilisable

  • J’encourage les commerces locaux et l’agriculture de proximité et biologique. Cependant, la majorité de ma garde-robe est Made in Bengladesh. Et je commande régulièrement en ligne, surtout des vêtements, faisant ainsi plonger l’indice McSween dans des profondeurs abyssales tellement je n’en ai pas vraiment besoin.

 

  • J’ai choisi d’habiter en ville près de tous les services, près de mon travail et du CPE de mes enfants, mais je prends ma voiture presque tous les matins pour avoir le temps d’aller au gym ou à l’épicerie le midi. Je n’utilise jamais le transport en commun de ma ville (moins développé que le réseau montréalais). Chaque été, je dis « on va aller travailler à vélo, et aller porter les enfants en chariot, ça va être génial, on a tellement un beau mode de vie », et je ne le fais qu’à quelques reprises une fois la belle saison arrivée. J’habite en région, mais il m’arrive de faire un aller-retour à Québec ou Montréal pour aller chercher cette petite babiole dont j’ai terriblement besoin. « Juste un petit détour de 250 km vers le IKEA! »

 

gaspillage-alimentaire

 

  • J’ai choisi d’avoir une petite voiture et pas de VUS, même si avec deux enfants, ça relève de l’exploit (surtout l’été, en camping). Nous souhaitons n’avoir qu’un seul véhicule familial (ce qui devrait arriver prochainement, lorsque notre vieux tacot de 13 ans effectuera son dernier soubresaut). Par contre, je voyage souvent en avion, et je n’achète pas toujours mes crédits carbone. Des fois oui… mais, je m’en confesse, la plupart du temps non.

 

  • Je suis plutôt flexitarienne, j’achète peu de produits transformés ou suremballés. Très rares sont épluchures de légumes ou les restants qui finissent à la poubelle chez moi. J’utilise des sacs réutilisables. Mais je mange de la viande quelques fois par semaine et je n’ai pas vraiment l’intention d’arrêter. Et j’utilise presque toujours les petits sacs de plastique lorsque j’achète en vrac, parce que faire peser mes pots Mason à la caisse, c’est long. Plus long que de pincer et tourner le petit sac de plastique de tous les bords pour en trouver l’ouverture.

 

 

  • J’ai résilié mon abonnement au Publisac par souci écologique. Mais l’autre jour, on a failli sauter dans la voiture pour aller acheter deux journaux dans le seul but d’allumer le foyer — nous n’avions plus de mousse de sécheuse que je récupère religieusement pour le faire (qu’on m’enlève illico 10 points de karma, car j’utilise la sécheuse). On a finalement résisté à l’envie de sortir… et on n’a pas réussi à allumer le foyer pour la période de pointe d’Hydro-Québec. Une boîte de céréales, ce n’est pas top pour l’allumage. Vaut mieux continuer à les acheter en vrac.    

 

  • J’achète très peu de jouets et je suis allergique aux bébelles. J’achète souvent usagé, et, pour diminuer ma surconsommation aux anniversaires ou à Noël, je privilégie les cadeaux utiles, fabriqués à la main ou immatériels comme des moments. J’emballe évidemment le tout de façon quasi écologique (j’ai même fait du Furoshiki… une fois!) ou avec des emballages réutilisés. Cependant, je change mon téléphone intelligent tous les 2 ans même si ce n’est pas totalement nécessaire.

 

 

Un petit pas pour l’environnement

On a tous un ami ou une cousine qui en fait plus que nous (et qui s’est récemment mis au papier de toilette lavable). L’important c’est de se rappeler que chaque geste compte!

Est-ce que tout cela fait de moi une personne écolo et « fortement engagée »? Je ne sais pas. Mais chose certaine, ce petit bilan démontre que je ne suis pas toujours cohérente écologiquement. Et que je me mens un peu, parfois.

 

Pour certains, j’ai peut-être l’air d’en faire beaucoup. Sachez que chacune de ces actions a été un petit pas. De petits pas qui se sont faits sur plusieurs années. J’ai l’avantage de travailler pour Vifa Magazine, où le gaspillage alimentaire et le mode de vie zéro déchet sont des sujets que nous abordons depuis un moment déjà.

 

On a tous un ami ou une cousine qui en fait plus que nous, et qui s’est récemment mis au papier de toilette lavable alors qu’on commence tout juste à envisager l’achat d’une paille réutilisable. Mais notre propre conscience écologique n’en est pas moins grande pour autant. L’important c’est de faire notre part, et de se rappeler que chaque petit geste compte!

 

Est-ce que votre bilan est aussi joliment incohérent que le mien?

 

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