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La pédagogie en plein air: quels bénéfices pour mon enfant?

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Avec l’engouement qu’elle crée, la pédagogie en plein air n’a pas fini de faire parler d’elle. Vifa a voulu en savoir davantage auprès d’une spécialiste en la matière, Julie Moffet. Elle est coordonnatrice de projets d’éducation à l’environnement pour la Fondation Monique-Fitz-Back et mène le projet Enseigner dehors pour outiller le personnel enseignant à faire la classe à l’extérieur. Entrevue.

La pédagogie en plein air: quels bénéfices pour mon enfant?
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Comment décrivez-vous la pédagogie en plein air?

La pédagogie en plein air est un peu comme la pédagogie de classe, il y a plusieurs approches possibles, mais ce qui réunit toutes ces approches, c’est le côté expérientiel qu’on retrouve à l’extérieur. On crée une expérience autour de l’apprentissage. Comme on bouge davantage et qu’on utilise nos cinq sens, ça fait en sorte qu’en plus du développement cognitif, on stimule aussi le côté physique, social ou affectif.

 

 

De quelle manière cette pédagogie se pratique-t-elle?

Ça se décline en plusieurs étapes. Souvent, au début, les enseignants et enseignantes utilisent l’extérieur comme une classe flexible. On change de lieu, on change d’air, on va dehors davantage pour profiter de l’espace, bouger, donner plus d’espace aux élèves. Faire des activités dehors diminue aussi beaucoup d’irritants. Les élèves peuvent prendre leur espace, parler plus fort, rester debout, s’asseoir, ils activent leurs autres sens pour être engagés dans l’activité. Au début donc, les enseignants et enseignantes reproduisent un peu à l’extérieur ce qu’on fait en classe. Mais on observe qu’avec le temps, ils et elles ont comme des nouvelles lunettes pour voir l’extérieur et l’utilise non plus comme un simple décor, mais comme une valeur ajoutée. L’extérieur devient un lieu d’apprentissage, un outil pédagogique, une belle façon de profiter des éléments naturels.

 

groupe éleves jouent dans les branches

 

Cette approche semble connaître un élan de popularité ces temps-ci. L’observez-vous?

Oui, vraiment. On se le fait dire autant par les conseillers et conseillères pédagogiques dans les centres de services scolaires que par le personnel enseignant. On dirait que ça fait boule de neige. Une école s’y met, l’autre est curieuse et intéressée à le faire aussi et, de notre côté, on reçoit de plus en plus de demandes. Si on remonte à 2018, la majorité des demandes provenaient d’individus éveillés, curieux qui étaient rendus là. Maintenant, on a plus de demandes d’équipes-écoles qui veulent implanter cette pédagogie dans leur école. Dans certains centres de services, ils ont même un conseiller en éducation plein air alors que dans d’autres, on libère des enseignants et enseignantes pour aller donner de l’accompagnement dans les écoles… On voit que ça part désormais du terrain et que ça monte. Le mouvement a pris beaucoup de force, assez rapidement.

 

 

Est-ce que cette pédagogie est appréciée par les enseignants et enseignantes?

Oui, mais ça prend quand même une volonté. Ce ne sont pas des pédagogies qui sont enseignées dans leur formation initiale, elles sont beaucoup pratiquées par des personnes qui croient que les enfants en ont besoin pour leur santé physique, leur santé mentale et leur persévérance. Quand les enseignants et enseignantes franchissent le pas, ils et elles sortent de leur zone de confort. Ce ne sont pas toujours des expériences parfaites comme ils l’avaient prévues, mais la plupart d’entre eux veulent répéter l’expérience parce qu’ils et elles voient le bien que ça fait aux enfants, que ça les stimule et qu’ils en redemandent.

 

Justement, quels sont les principaux bénéfices qu’en tirent les enfants?

On en observe plusieurs, notamment sur le plan de la santé mentale et physique. Plusieurs éléments nous indiquent que le contact avec la nature et le fait qu’on bouge plus à l’extérieur diminuent le stress et l’anxiété chez les élèves et a un impact sur la réussite éducative. Les élèves sont plus engagés dans les apprentissages, ils sont plus présents, actifs et allumés. On observe aussi un grand bénéfice aussi sur la persévérance scolaire du fait qu’on va chercher beaucoup d’élèves qui ont des difficultés scolaires ou de comportement. Comme les activités extérieures font bouger et intègrent souvent des notions de jeu et de plaisir, on rejoint des jeunes qui en ont besoin, notamment les garçons. C’est aussi une pédagogie intéressante pour augmenter l’activité physique chez les filles qui, à l’adolescence, ont tendance à être moins actives. Enfin, l’autre grand bénéfice est la découverte de saines habitudes de vie. Les jeunes découvrent des loisirs et des sports de plein air, ils développent leurs connaissances, mais aussi leur sentiment de compétence, ce qui fait qu’ils ont davantage le goût de les reproduire à la maison.

 

 

En terminant, est-ce que vous considérez que la COVID-19 a favorisé cette approche?

Je pense que la pandémie a mis de l’avant les bénéfices de l’éducation en plein air parce qu’on en a entendu davantage parler dans les médias. Il y avait alors un enjeu de santé et sécurité, comparativement aux classes où la proximité favorisait la propagation du virus. Je dirais que la pandémie a donné une vitrine aux initiatives existantes. C’est une période où on a aussi pu faire valoir les bénéfices de cette pédagogie sur le plan de la réussite éducative.

 

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