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Entrevue avec Francine Ferland, auteure de Viens jouer dehors!

Francine Ferland est ergothérapeute et professeure émérite à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal. Avec Viens jouer dehors! Pour le plaisir et la santé, elle signe son quinzième ouvrage. Ce dernier traite des bienfaits que les activités extérieures procurent aux enfants de tous âges.

Entrevue avec Francine Ferland, auteure de Viens jouer dehors!

 

Qu’est-ce qui vous a incitée à écrire ce livre?

Je m’intéresse depuis des années au rôle du jeu dans le développement de l’enfant et j’ai décidé de me pencher spécifiquement sur les effets du jeu extérieur. En effectuant ma recherche, j’ai été estomaquée de constater à quel point les enfants délaissent les activités extérieures au profit des jeux sur écrans (télé, ordinateur, jeux vidéo, tablettes électroniques). La majorité des adolescents dépassent largement la limite recommandée de deux heures par jour. Selon l’organisme Jeunes en forme Canada, les enfants du secondaire y consacrent en moyenne 7 h 48 quotidiennement! Autre fait alarmant, on estime que 26 % des Canadiens de 2 à 17 ans ont un problème de surpoids ou d’obésité!

 

Pourquoi les enfants jouent-ils si peu dehors?

L’omniprésence des écrans n’explique pas tout. N’oublions pas que les parents sont des modèles pour leur progéniture; s’ils pratiquent peu d’activités à l’extérieur, leurs enfants les imiteront. Les parents sont aussi tentés de garder leurs jeunes à l’intérieur, de crainte qu’ils soient victimes d’un accident, d’un méfait ou d’une mauvaise influence de leurs pairs. De plus, les écoles prévoient trop peu de temps pour les activités extérieures. Finalement, certaines municipalités ne disposent pas d’endroits et d’équipement favorisant ces activités.

 

Quels sont les bénéfices des jeux extérieurs?

Pour des raisons d’espace, le jeu est habituellement plus actif à l’extérieur qu’à l’intérieur. Si certaines activités comme la course ou la randonnée se pratiquent obligatoirement à l’extérieur, d’autres, comme le jeu de cache-cache, s’avèrent plus intenses et amusantes lorsque pratiquées dehors. Par conséquent, jouer dehors a un effet positif sur la condition physique, mais aussi sur le système immunitaire, la prévention de la myopie, l’appétit, le sommeil, la concentration et la gestion du stress. De plus, l’enfant qui s’amuse dehors laisse libre cours à son imagination, ce qui lui procure un sentiment de maîtrise et de liberté.

 

Comment motiver les jeunes à s’activer à l’extérieur?

Autrefois, jouer dehors était une récompense. De nos jours, c’est plutôt perçu comme une punition. Plusieurs parents tentent d’inciter leurs jeunes à jouer à l’extérieur en leur disant que c’est bon pour la santé. Or, aucun enfant ne se laisse convaincre par cet argument! Il vaut mieux invoquer le plaisir qu’on ressent à pratiquer des jeux extérieurs en montrant l’exemple. Il est recommandé d’initier, dès que possible, les enfants aux joies des activités extérieures, car il y a moins de chances qu’un adolescent s’y adonne s’il n’a pas développé d’intérêt pour la chose durant son enfance. Organiser des activités en famille constitue l’un des meilleurs moyens de faire sortir les préadolescents de la maison.

 

Pour une sélection d’activités susceptibles de séduire les ados et préados, c’est par ici!

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Vincent Hudon, un entraîneur motivé et motivant

Article -

Vincent Hudon, kinésiologue et préparateur sportif, entraîne les athlètes du programme sport-études de l’école secondaire De Mortagne à Boucherville, les cyclistes du Vélo Club Longueuil et de jeunes danseurs de breakdance. Vincent nous parle de son expérience et partage avec nous ses trucs pour motiver les jeunes.

Vincent Hudon, un entraîneur motivé et motivant

Allons-y sans détour, comment motive-t-on un jeune à faire de l’activité physique?

On ne peut pas forcer la motivation. Elle doit venir de l’intérieur, en d’autres termes, être intrinsèque. Au mieux, on peut l’entretenir. Si le jeune a besoin d’être stimulé tout le temps, il devient dépendant et ne se responsabilise pas. Ça ne dure pas. Jamais, il ne développera un amour pour le sport. Et moi, c’est ce que je recherche : des jeunes à qui je peux transmettre ma passion pour le sport, avec qui je peux, grâce au sport, avec qui je peux partager des valeurs associées au sport — avoir des objectifs, travailler fort.

 

Comment décrirais-tu alors ton rôle d’entraîneur?

Je joue un rôle de relation d’aide auprès des jeunes pour la poursuite de leurs objectifs sportifs. Ces objectifs, on les établit ensemble, le jeune et moi, selon l’approche SMART [chaque objectif doit être Spécifique, Mesurable, Acceptable, Réaliste et Temporellement défini]. Le A, moi, je le définis comme ACCOMPLISSEMENT : pourquoi veux-tu atteindre cet objectif-là? C’est une question clé, parce que c’est la source de motivation du jeune. Il faut en tenir compte.

 

J’influence et je rassemble. Le leadership est important. Les jeunes doivent sentir que tu sais où tu t’en vas, que tu connais ton affaire.

 

Comment qualifierais-tu ton approche auprès des jeunes?

Je veux que les jeunes me perçoivent davantage comme un grand frère que comme un enseignant. Je ne crois pas à la vieille mentalité d’entraîneur dictateur. Mes jeunes ont beaucoup de liberté. Certains parents me trouvent trop relax avec leurs enfants… mais les résultats sont là! 

 

Sens-tu que cette approche est payante pour favoriser la motivation?

Très payante. Cette relation amicale apporte beaucoup de positif. Si tu es trop autoritaire et que tu ordonnes sans écouter, les jeunes ne te diront rien du tout. C’est donnant-donnant : en offrant de la liberté, on reçoit du « feedback » en retour.

 

Qu’est-ce que ce « feedback » te donne?

Je connais mieux le jeune. C’est de cette façon que j’arrive à bien communiquer avec lui, à personnaliser ses entraînements pour le faire progresser et, finalement, à entretenir sa motivation. Et comme c’est ça mon rôle, ça me permet de bien le faire.

 

Quel serait le critère important d’un entraînement pour motiver les jeunes?

La variété. Pour garder leur intérêt et éviter qu’ils s’ennuient. De toute façon, la spécialisation précoce, ce n’est généralement pas bon.  Même les jeunes de mon équipe sport-études en cyclisme touchent à tout : musculation, natation, patinage, escalade, yoga, etc.

 

J’ajouterais la créativité. Avant chaque entraînement, je demande aux jeunes ce qu’ils veulent faire. J’ai déjà un programme préparé, mais je les écoute. De toute façon, on peut développer des aptitudes physiques de plusieurs manières différentes. J’arrive ainsi à suivre mon plan, tout en tenant compte de leurs envies. Ils apprécient.

 

Quel genre d’ambiance d’entraînement motive le jeune, selon toi?

Je qualifierais ça de chaos structuré. Ça niaise un peu des fois. Les jeunes s’amusent, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de règlements. Par exemple, quand un jeune fait un exercice, il a une forme « d’immunité », c’est-à-dire que personne ne doit le déranger.

 

Est-ce que l’effet de groupe a un rôle dans la motivation des jeunes?

C’est certain que vivre la même chose en groupe a un effet motivant sur le jeune. Juste avoir un rendez-vous, une heure précise à laquelle il sait qu’une équipe ou qu’un entraîneur sera là pour lui, ça le motive. Il faut toutefois faire attention avec les entraînements de groupe : les jeunes ont tendance à beaucoup se comparer aux autres, ce qui peut les démotiver ou leur mettre de la pression supplémentaire. Encore une fois, une approche personnalisée permet d’éviter ça. Il faut leur rappeler leurs objectifs individuels, les conscientiser sur le dépassement de soi, d’abord.

 

Que dirais-tu à ceux qui côtoient des jeunes qui ne sont pas motivés à bouger?

De voir au-delà de « l’activité physique ». Mes cours de breakdance, par exemple, vont chercher des jeunes qui ne sont pas intéressés par les activités physiques. Or, le breakdance est une danse acrobatique très… physique! C’est la musique ou le mode de vie du breakdance qui les attire. Quoiqu’il en soit, les jeunes bougent finalement beaucoup.

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