Rôle du parent

J’ai laissé mes enfants jouer dehors seuls (et ils sont toujours en vie!)

Opinion -

Mes enfants sont âgés de 7 et 9 ans. Et cet été, l’étape que je redoutais tant est arrivée : celle où ils me réclameraient le droit de jouer dans la ruelle. Seuls. Sans parent. Contre toute attente, le processus de lâcher-prise a toutefois été beaucoup plus facile que je ne l’appréhendais.

J’ai laissé mes enfants jouer dehors seuls (et ils sont toujours en vie!)

J’avoue, j’étais de ces parents pour qui perdre de vue mes enfants au parc, à la pataugeoire ou à l’épicerie, ne serait-ce qu’une seule petite seconde, me mettais dans tous mes états. États que je savais irrationnels, donc je le vivais de l’intérieur, sans jamais que ces fugaces instants de panique ne paraissent. Car la dernière chose que j’aurais voulu, c’est bien d’inculquer à mes enfants une peur d’être sans moi.

En contrepartie, j’ai toujours aimé les voir acquérir de la liberté et de l’autonomie… mais dans des cadres contrôlés. Leur entrée à la garderie, puis à l’école m’a ainsi remplie de fierté. L’idée qu’ils aient leur propre vie, sans leur père ni moi, m’a toujours beaucoup plu. Mais je ne voyais pas le jour où je me sentirais prête à les laisser aller dans la ruelle seuls.

Au printemps, la meilleure amie de ma fille qui habite la rue juste à côté est venue frapper à notre porte. Quand j’ai réalisé qu’aucun adulte ne l’accompagnait, j’ai été prise d’un vertige : hé oui, nous y sommes. À 9 ans, le moment où ma fille peut apprivoiser une nouvelle liberté est aussi arrivé pour elle. J’en faisais de même à son âge, et même avant!

Autour de moi, des parents ont laissé jouer dehors seuls leurs enfants plus jeunes que les miens. Chacun son rythme. Je me suis toujours refusé à porter quelque jugement que ce soit, seulement, je savais que je n’étais pas encore rendu là. Que de forcer la chose aurait sans doute généré du stress chez moi.

Les laisser lousses

Alors voilà, la ruelle était à eux. Je dis « eux », car mon fils de 7 ans a évidemment eu le droit de suivre sa sœur (hé oui, le cadet qui dispose des privilèges plus tôt… situation classique qui a maintes fois fait rager l’aînée que j’étais!).

Et c’est là que la magie s’est mise à opérer : ils n’ont jamais autant joué à l’extérieur que depuis que la chose n’est pas proposée par les parents. Et l’effet d’entraînement est impressionnant : dès qu’ils mettent les pieds dehors, les petits voisins apparaissent de toute part, si bien qu’ils forment rarement un groupe de moins de six ou sept. Et ils sont toujours bien occupés à cueillir des fleurs pour nous en offrir des bouquets, à traquer des indices de je ne sais trop quel mystère, tels de petits détectives en herbe, à faire des courses de vélo, jouer à la tague, à la corde à danser, ou à s’arroser avec le boyau qu’on met à leur disposition quand il fait très chaud.

Évidemment, nous ne sommes jamais bien loin, tout en vaquant à nos occupations à l’intérieur ou à l’extérieur de la maison. Oui, il y a eu des moments où je les ai entendus se chicaner, mais où je n’ai pas eu à intervenir. Mais si l’un d’eux hurle après une chute en trottinette, là je me précipite pour constater les égratignures (même si mes enfants ont depuis toujours tendance à l’exagération, je ne m’y fais pas). Et quelques secondes plus tard, c’est reparti!

 

 

Des règles claires

Pour éviter que les enfants ne se mettent dans des situations plus hasardeuses, nous avons établi des règles claires : porter les casques lorsqu’ils enfourchent leur vélo, ne pas dépasser les limites établies (un peu avant les deux extrémités de la ruelle), ne pas entrer dans la maison des amis sans nous en avoir avisés au préalable, les plus grands doivent veiller sur les plus petits (sans toutefois leur en donner l’entière responsabilité), entrer à l’heure demandée (donc, toujours avoir leur montre au poignet).

Ainsi j’ai l’esprit tranquille, et quand les enfants sont dans la ruelle hors de ma vue, je renoue avec un sentiment que j’avais oublié depuis longtemps. Celui de ma liberté. Mais où était passé tout ce temps pour cuisiner, lire, jardiner… dans le calme!? Bref, je crois que tout le monde sort gagnant de cette nouvelle dynamique.

Laissez-vous vos enfants jouer seuls à l’extérieur?

Article réalisé en partenariat avec la Table sur le mode de vie physiquement actif (TMVPA)

Infolettre
Pour recevoir par courriel nos plus récents articles.
Abonnez-vous
Infolettre
Rôle du parent

Jouer dans la rue: permis ou pas?

Article -

Saviez-vous qu’à certains endroits vos enfants pourraient écoper d’une amende parce qu’ils s’amusent dans la rue? Heureusement, un vent de changement souffle sur le Québec et les municipalités ont désormais le pouvoir de permettre le jeu libre dans la rue.

Jouer dans la rue: permis ou pas?

Jusqu’à tout récemment, le règlement provincial stipulait que nul ne pouvait occuper la chaussée de manière à entraver le passage des véhicules. Une joute de hockey improvisée pouvait donc prendre fin abruptement si un policier s’adonnait à passer par là. Bref, une belle incitation à ce que les enfants retournent à l’intérieur. Rien pour encourager un mode de vie très actif!

Mais l’adoption de la loi 122 en 2017 change heureusement la donne. Celle-ci permet aux municipalités de consentir au jeu libre dans les rues et de le baliser, tout en respectant le Code de la sécurité routière.

Sous certaines conditions

Bien entendu, ce ne sont pas toutes les rues qui peuvent accueillir les tournois de soccer et les courses de trottinettes, comme nous l’explique Corinne Voyer, directrice de la Coalition québécoise sur la problématique du poids. L’organisme qui fait entre autres la promotion d’un mode de vie actif a pris part à l’implantation du projet pilote Dans ma rue, on joue! à Belœil.

« La beauté de ce projet, c’est qu’il implique les citoyens, avance Mme Voyer. Les résidents sont invités à soumettre leur rue pour qu’elle devienne une aire permise pour le jeu. Les suggestions sont ensuite transmises à un comité consultatif pour en évaluer la sécurité. »

Parmi ces critères, la rue doit bénéficier d’une bonne visibilité, ne pas présenter de virage ni de pente, être bien éclairée et sa limite de vitesse doit se situer en bas de 50 km.

Quand les résidents de cette rue acceptent dans une proportion de 2/3, le projet est officialisé et une lettre leur est acheminée afin de leur exposer le code de vie pour un bon voisinage. Par exemple, le jeu est autorisé entre 7 h et 21 h. Des pancartes sont aussi installées pour inviter les conducteurs à redoubler de vigilance.

 

 

Des initiatives inspirantes

Si Belœil avait pour but d’être une figure phare en entamant ce mouvement, c’est mission accomplie. Plusieurs villes ont emboîté le pas et ont appliqué des mesures similaires, ou sont en voie de le faire. Ainsi, de Saint-Bruno à Laval, en passant par Gatineau, Rawdon ou Montréal, les dirigeants municipaux manifestent la volonté d’offrir aux jeunes et moins jeunes davantage d’espaces où ils pourront jouer entre amis.

« Ce ne sont pas toutes les familles qui ont accès à une cour arrière ou à un parc à proximité, soutient Corine Voyer. La rue devient donc un lieu de rencontre entre voisins. Et cela n’apporte que du positif : quand les enfants sont en groupes, ils sont plus actifs. C’est donc tout un schème de pensée qu’il faut revoir. Redonner la rue au citoyen et en faire des lieux publics, et pas seulement destinés aux voitures », conclut-elle.

Article réalisé en partenariat avec la Table sur le mode de vie physiquement actif (TMVPA)

Infolettre
Pour recevoir par courriel nos plus récents articles.
Abonnez-vous
Infolettre