Rôle du parent

Parents gérants d’estrades : Ces encouragements nuisibles…

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Il y a des cris en provenance des estrades qui ressemblent plus à des directives qu’à des encouragements.  L’intention a beau être bonne, les « Fonce dessus ! » et «Passe au centre ! » lancés par les parents peuvent avoir un impact négatif sur les jeunes sportifs.

Parents gérants d’estrades : Ces encouragements nuisibles…

Sans s’en rendre compte, un papa a déjà poussé sa fille de 12 ans au bord des larmes pendant un match de soccer. Elle était tellement agacée de l’entendre que son entraîneur, François Tardif, lui a proposé de la faire jouer du côté opposé aux estrades. « Le père s’est mis à crier de plus belle! raconte-t-il. J’ai alors laissé le choix à ma joueuse : ou c’est elle qui parlait à son père ou c’est moi qui le faisais. Je ne pouvais pas croire qu’il allait lui enlever le plaisir de jouer. C’est plus important que la performance ! » À l’entraînement suivant, la jeune fille courait comme une gazelle sur le terrain. Elle avait confronté son père, qui s’était mis à pleurer, car jamais il n’avait pensé que ses cris pouvaient la déranger à ce point.

 

« Le sport, c’est un bon lieu pour être impulsif, dans le sens que le jeu se passe vite, l’adrénaline monte, alors cela incite les parents à adopter des comportements moins réfléchis, constate la psychologue Arianne Hébert. Ils perdent de vue que leur objectif principal en amenant leur enfant sur le terrain, c’est qu’il bouge et qu’il s’amuse. » Elle explique que même s’ils sont bien intentionnés, les cris vont parfois causer un stress de performance chez l’enfant. Sans compter qu’en lui disant quoi faire, c’est comme si le parent le jugeait incapable de décider lui-même de la bonne action à poser.

 

Des instructions contradictoires

Le Club de patinage artistique de Montréal précise dans ses règlements qu’« il est interdit pour les parents d’enseigner et de diriger leurs enfants en provenance des estrades ». Malgré cela, l’entraîneuse Mélanye Goldyn en voit constamment interpeller les jeunes patineurs qui s’exercent. « Parfois, ça nuit à l’apprentissage de l’enfant, parce que leurs directives vont à l’encontre de ce que disent les entraîneurs, déplore-t-elle. Alors, ça ruine le saut ou la pirouette. Puis, souvent, on a des enfants qui ont peur de la réaction de leurs parents. Dès qu’ils font un saut, ils regardent dans les estrades pour voir si le parent approuve ou n’approuve pas. » Un des patineurs du club a d’ailleurs réglé son problème de stress en exigeant que sa mère ne vienne jamais à l’aréna.

 

Pistes de solutions

Tantôt les instructions sont contradictoires et tantôt les parents s’époumonent pour rien, car les enfants ne les entendent pas toujours sur la glace, fait remarquer l’arbitre Luc-Richard Poirier, auteur de la conférence Jouer au hockey dans un monde de fous. Ce dernier vient d’ailleurs de dévoiler un dépliant visant à mieux expliquer aux parents les règlements du hockey. « Je me suis aperçu que les gens criaient beaucoup dans les estrades non pas par méchanceté, mais par manque de connaissance », affirme l’arbitre, qui a dû expulser des parents à sept reprises dans sa carrière.

Des expériences sont aussi menées en soccer pour calmer les ardeurs des esprits trop compétitifs. Dans certaines régions du Québec, aucun classement n’est compilé pour les moins de 10 ans. « Il n’y a plus de gagnants ni de marqueurs. On fait juste jouer », décrit François Tardif, entraîneur à Victoriaville, où cette façon de faire pourrait bientôt s’étendre jusqu’à l’âge de 12 ans.

 

Il reste que les encouragements sont encore bienvenus, mais le conférencier Luc-Richard Poirier recommande d’opter pour des commentaires positifs et dépersonnalisés, tels que « Go! On ne lâche pas! »


Pour devenir un bon parent d’estrades, consultez notre dossier Comment être un bon parent d’athlète.

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Les effets bénéfiques de la prise de risques

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Une étude réalisée par Collard (2002) sur la notion de risque dans les défis sportifs met de l’avant un aspect troublant quant à la perception des « accidents » qui surviennent lors d’activités sportives dites risquées. De façon générale, pour le sportif d’élite (qu’il soit amateur ou professionnel), les causes de l’échec, de la contre-performance et de la blessure dépendent de à lui. Et il assume cette responsabilité. Inversement, le « non-sportif » aura plutôt tendance à blâmer des facteurs externes sur lesquels il n’a que peu ou pas d’influence. S’il ne réussit pas, c’est donc à cause des règles du jeu qui ne sont pas les bonnes, de l’arbitre qui est incompétent, ou encore du temps qui est exécrable!

Les effets bénéfiques de la prise de risques

 

Avec la collaboration de Luc Parlavecchio, Catherine Plante et Anaïs Cosset*

 

Encourager un jeune sportif à accepter sa responsabilité est essentiel. Cela lui permettra de comprendre le « potentiel d’influence » qu’il a sur sa réalité. Le jeune doit prendre conscience que ses chances de succès sont directement liées à son aptitude à s’engager physiquement, psychologiquement et socialement. Il doit devenir metteur en scène et acteur de ce qu’il entreprend.

 

En acceptant de s’engager coûte que coûte, le jeune quitte sa zone de confort. Ce déséquilibre est toutefois nécessaire à son amélioration. Il peut néanmoins avoir des effets « néfastes » parce qu’il inclut implicitement un risque d’échec. Mais, c’est aussi l’occasion d’apprendre à négocier avec la réalité et avec ses propres limites.

 

Un jeune peut, pour éviter un éventuel échec, refuser de s’engager ou se désengager en prétextant des facteurs externes. Il faut alors le convaincre que la persévérance lui sera bénéfique sur plusieurs plans. Le jeune doit comprendre que l’acceptation des facteurs de risque peut, par exemple, augmenter ses motivations et lui permettre de concrétiser ses aspirations dans plusieurs aspects de sa vie (Spaaij, 2011).

 

Dans une recherche-action sur le sport chez les jeunes[1], nous nous sommes intéressés aux effets de l’abandon d’un projet sportif. Nous avons pu observer que l’importance accordée à la responsabilité individuelle menait les membres d’un groupe à en vouloir à ceux qui ne se rendaient pas jusqu’au bout du programme, ce qui peut nuire à la volonté d’implication future des jeunes et provoquer chez ces derniers de la culpabilité.

 

Comment encourager la responsabilité individuelle tout en évitant que les jeunes moins impliqués ne se culpabilisent pour leur manque de persévérance?

 

Des objectifs réalistes

Il est important que les préadolescents aient des objectifs sportifs diversifiés et adaptés à leurs capacités. Pour que la responsabilisation ait des effets positifs, il faut s’assurer que les objectifs sont difficiles, mais réalisables. Il est aussi pertinent d’inclure le jeune dans le choix de ses objectifs sportifs pour qu’il se les approprie (Sandford, Armour, & Warmington, 2006)

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Une question de perception

En cas d’échec, il est capital de réagir adéquatement. La réaction des parents lors d’une contre-performance influence les perceptions des jeunes concernés. Il est important que les parents et l’entourage acceptent les échecs et encouragent les jeunes à continuer et à apprendre de leurs difficultés. La réaction de l’entraîneur joue également un rôle central. L’attitude qu’il adopte auprès de l’équipe peut éviter le rejet de certains joueurs, ou le sentiment de culpabilité de ces derniers.

 

Prendre des risques « balisés » dans le cadre de défis sportifs peut être une source d’apprentissage. Si les jeunes sont confrontés à des défis réalistes et encouragés par leurs parents à continuer malgré les difficultés, cela peut être l’occasion d’acquérir des habiletés sociales qui leur seront profitables toute leur vie.

 

Bibliographie

  • COLLARD, L. (2002). Le risque calculé dans le défi sportif, L’année sociologique, 2(52), 351-369.
  • Comité scientifique de Kino-Québec (2011). L’activité physique, le sport et les jeunes — Savoir et agir. Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport.
  • MOREAU, N. (2009). État dépressif et temporalité. Contribution à la sociologie de la santé mentale. Montréal: Liber.
  • SANDFORD, R. A., ARMOUR, K. M., & WARMINGTON, P. C. (2006). Re-engaging Disaffected Youth through Physical Activity Programmes. British Educational Research Journal, 32(2), 251-271.
  • SPAAIJ, R. (2011). Building Social and Cultural Capital Among Young People in Disadvantaged Communities: Lessons from a Brazilian Sport-Based Intervention Program. Sport, Education & Society, 17(1).

 


[1] Dans cette recherche-action, financée par le ministère du Développement Économique, de l’Innovation et de l’Exportation, nous souhaitons modéliser le programme sportif d’intervention Alter-Action offert par l’organisme DesÉquilibres. Cette étude mettra en lumière les différentes caractéristiques et les effets sur les jeunes d’une pratique sportive centrée sur la coopération et le dépassement de soi.

 

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