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Et si la lutte contre le décrochage scolaire passait par le sport?

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Et si la lutte contre le décrochage scolaire passait par le sport?

Le sport favorise la concentration, la persistance et l’autonomie.

Plusieurs études réalisées ces dernières années ont démontré que la participation régulière à des sports et à des activités physiques a une influence positive sur la mémoire et la réussite scolaire. Plus récemment, des chercheurs québécois ont découvert un lien entre le niveau d’activité physique et l’engagement en classe des enfants. Cette découverte est d’autant plus importante qu’elle apporte une piste de solution intéressante pour lutter contre le décrochage scolaire, dont le taux a grimpé dans plusieurs régions du Québec au cours de la dernière décennie pour atteindre près de 20 %.

 

L’étude1 menée par Geneviève Piché, professeure et chercheure au Département de psychoéducation et de psychologie de l’Université du Québec en Outaouais, a été réalisée en 2010-2011. Elle a permis d’analyser des données de l’Institut de la statistique du Québec2 portant sur le développement des jeunes enfants. Ces analyses ont, tout d’abord, révélé un lien entre l’indice de masse corporelle (IMC) et l’engagement en classe des enfants, c’est-à-dire leur concentration, leur persistance et leur autonomie. « Nous avons constaté que plus les enfants démontrent de l’engagement en classe à la maternelle, moins leur IMC est élevé et plus ils pratiquent des sports quelques années plus tard, explique Geneviève Piché. Nous avons ensuite observé que le contraire est également vrai, c’est-à-dire que le niveau d’activité physique peut prédire l’engagement en classe des enfants. »

 

Pour réaliser leur étude, Geneviève Piché et ses collègues ont analysé les évaluations faites par des enseignants de maternelle concernant l’engagement en classe et le comportement social de 966 enfants. L’enseignant devait notamment indiquer si l’enfant travaillait et jouait avec d’autres enfants, s’il suivait les règles et les instructions, écoutait attentivement, terminait ses travaux à l’heure, et travaillait de façon autonome, soigneuse et ordonnée. Les résultats ont permis de découvrir que la participation à des activités sportives en bas âge est liée à l’engagement en classe de l’enfant, dès son entrée à l’école, quelles que soient ses caractéristiques (habiletés cognitives ou autres) et quel que soit son milieu familial (revenu, éducation des parents, etc.). « Toutefois, nous avons été étonnées de constater que les sports non structurés et les activités structurées non sportives, comme la musique, n’étaient pas liés à l’engagement en classe futur de l’enfant! », mentionne Geneviève Piché. Ce constat ne signifie pas qu’il faille négliger l’importance d’aller jouer dehors, mais précise que l’activité sportive a une influence sur l’engagement en classe lorsqu’elle se fait dans un cadre structuré, comme les sports organisés ou les programmes de loisirs.

 

Pourquoi les sportifs?

Comment la participation régulière à un sport peut-elle avoir une influence sur l’engagement en classe de l’élève? « Une étude3, réalisée en 2007, indique que l’exercice et les activités sportives peuvent améliorer les habiletés cognitives, mentionne Geneviève Piché. Plusieurs explications sont possibles. Certains auteurs suggèrent un effet neurobiologique, c’est-à-dire que l’activité physique aurait une influence sur le cerveau en stimulant le développement de nouvelles cellules ou en favorisant sa plasticité [capacité du cerveau à être modifié en fonction des expériences vécues]. Il est aussi possible que ce soit grâce à la structure et à la discipline des activités sportives proposées, et non à la dépense énergétique en tant que telle, que l’on obtienne des bénéfices. Dans notre étude, cette hypothèse n’a pas été confirmée puisque la participation à des activités structurées, mais non athlétiques, n’a pas eu le même effet sur l’engagement en classe. D’autres études seront donc nécessaires pour clarifier le tout! »

 

À la lumière des résultats obtenus par ses travaux de recherche, Geneviève Piché n’hésite pas à conclure que l’activité physique pourrait être un outil précieux pour lutter contre le décrochage scolaire. « L’inactivité physique et le décrochage scolaire sont très coûteux pour les individus et la société, car ils sont des prédicteurs à long terme non seulement du bien-être physique et mental de l’adulte, mais aussi de sa productivité au travail, ajoute-t-elle. Il serait donc avantageux pour les écoles de cibler les jeunes à risque de sédentarité et d’augmenter ou de favoriser les programmes sport-études, ainsi que le nombre et la diversité d’activités physiques et sportives offertes. De plus, les communautés devraient s’investir davantage dans la promotion d’activités physiques et sportives récréatives afin de faciliter l’accès à tous les jeunes et à leurs familles. »


Références 

  • Piché Geneviève, Fitzpatrick Caroline, Pagani Linda S., Kindergarten Self-Regulation As a Predictor of Body Mass Index and Sports Participation in Fourth Grade Students, Mind, Brain, and Education, Volume 6, Issue 1, pages 19-26, march 2012.
  • Étude longitudinale du développement des enfants du Québec.
  • Tomporowski; Davis et al., Exercise and Children’s Intelligence, Cognition, and Academic Achievement, Educ Psychol Rev. 2008 June 1; 20(2): 111–131.
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Les pièges de la spécialisation hâtive!

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Certains enfants démontrent des dispositions exceptionnelles dans une discipline sportive. Dès les premières séances, ils se démarquent et leurs performances dépassent celles d’adversaires plus expérimentés. D’où la tentation des parents de faire de leurs enfants prodiges « de futurs champions ». Mais, attention! Faire plus d’heures d’entraînement pour un développement accéléré et optimisé de leur potentiel n’est pas la meilleure solution!

Les pièges de la spécialisation hâtive!

Il est normal d’être fier de son enfant et de vouloir le soutenir dans la poursuite d’une carrière sportive de haut niveau. Toutefois, ce rêve parental entraîne son lot de sacrifices et de conséquences. Il faut être conscient des risques associés à un entraînement précoce, ce que l’on appelle la « spécialisation hâtive ».

 

Si l’on souhaite atteindre le niveau le plus élevé, certaines disciplines nécessitent la maîtrise d’habiletés motrices complexes. La gymnastique, le patinage artistique et le plongeon font partie de cette catégorie. Dans ces sports, une initiation en bas âge et un volume d’entraînement élevé, même très jeune, sont nécessaires. Mais un entraînement rigoureux, comme celui que font les jeunes adultes n’est pas nécessairement la bonne façon d’agir avec les plus jeunes. Pour avoir un regard éclairé sur la question, voyons ce qu’indiquent les recherches :

  • Le développement des habiletés motrices est beaucoup plus facile en bas âge qu’après la puberté, d’où l’importance de diversifier les aptitudes motrices des 0 à 9 ans. La spécialisation s’oppose à cette idée fondamentale de diversité nécessaire au bon développement moteur des enfants.
  • L’entraînement intensif et rigoureux présente un risque élevé de blessures. Les structures (muscles, os, tendons et ligaments) étant en croissance, un volume d’entraînement trop élevé peut occasionner des blessures de surutilisation. Une étude menée auprès de joueurs de basketball âgés de 14 à 18 ans révèle que les basketteurs non blessés ont pratiqué des activités sportives plus diversifiées que les jeunes athlètes ayant subi des blessures au cours du mois précédent.
  • Le taux d’abandon sportif entre 10 et 17 ans répond à la loi 1/3-1/3 : pendant l’année, un adolescent sur trois abandonnera le sport, et parmi ceux-ci, un sur trois l’abandonnera de façon définitive.
  • Parmi les principaux facteurs d’abandon cités dans une étude menée auprès de nageurs ayant délaissé le sport, il y a notamment l’atteinte de meilleures performances en bas âge et une forte pression imposée par les parents.

 

Sur une note plus positive, la plupart des sports sont plutôt « à spécialisation tardive ». Les athlètes qui amorcent plus tard la pratique d’une discipline atteignent généralement un niveau de performance supérieur, en plus de poursuivre cette pratique sportive plus longtemps. En outre, la pratique sportive diversifiée contribue à un plus grand épanouissement social, l’enfant fréquentant différents milieux.

 

La spécialisation hâtive s’accompagne de conséquences physiques, psychologiques et sociales qui auront une influence importante non seulement sur la pratique sportive à l’âge adulte, mais aussi sur le développement de l’identité des jeunes. Il est donc important que les enfants et les préadolescents pratiquent une grande variété d’activités sportives, et que l’accent soit mis sur le plaisir dans un environnement stimulant. De cette façon, on s’assure de réunir les conditions gagnantes!   


Références 

  • Gianoudis J, Webster KE et Cook J (2007) Volume of physical activity and injury occurrence in young basketball players J Sports Science Med 7:139-43. www.jssm.org/vol7/n1/20/v7n1-20abst.php
  • Fraser-Thomas J et collab. (2008) Understanding dropout and prolonged engagement in adolescent competitive sport Psychol Sports Exerc 9:645-62.
  • Barynina II et Vaitsekhovskii SM (1992) The aftermath of early sports specialization for highly qualified swimmers Fit Sports Rev Int 27:132-3.
  • Salguero A et collab. (2003) Identification of dropout reasons in young competitive swimmers J Sports Med Phys Fitness 43(4):530-4.
  • Côté J, Harton S et collab. (2009) The benefits of sampling sports during childhood SIRC newsletter, www.sirc.ca/newsletters/september09/documents/s-1086363.pdf
  • Au Canada, le sport c’est pour la vie : http://www.canadiansportforlife.ca/fr/athletes-disabilities/la-sp%C3%A9cialisation
  • Kino-Québec (2011) L’Activité physique, le sport et les jeunes – Savoir et agir. Avis du Comité scientifique de Kino-Québec. Gouvernement du Québec, ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport. Disponible sur le site : www.kino-quebec.qc.ca
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